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5 octobre 2022

Adieu l’Afrique

Aujourd’hui trente ans ont passés. Mais je me souviens comme si c’était hier du moment où j’ai pris ma place dans l’avion pour le retour en France. Mon cœur était serré, presque douloureux dans ma poitrine. J’avais choisi de revenir et j’étais persuadé d’avoir fait le mauvais choix. Je me revois seul, coincé au milieu de centaine de passagers, prisonnier de la carlingue, condamné à laisser dernière moi une vie d’aventures pour la sécurité d’un travail dans un bureau parisien.

Il me semblait laisser derrière moi une ville aérée et arborée, tournée vers une baie si tranquille et agréable. Un mode de vie le plus souvent empli de douceur, mais avec ce qu’il fallait aussi d’énergie, de musique et de couleur pour animer des nuits de fête. Terminées les attentions de Dona Gina pour le pacha dans son palais africains. Fini l’insouciance de la jeunesse que l’on promenait de bars en discothèques dans la douce fraîcheur des soirées de la capitale. 

J’abandonnais également mes amis LLuis, Esteban et nombre de camarades. Je ne reverrais plus mes amies, Melessina la première et aussi toutes les autres. Aurais-je dû me marier ? Fonder un foyer ici, au Mozambique ? Qu’auraient pensé mes parents d’un choix aussi radical ? Un choix que beaucoup de mes amis ont pourtant fait pour leur plus grand bonheur.

Hervé m’avait offert un poste de directeur financier dans sa ferme de crevette. Le titre un peu ronflant pour mon âge aurait peut être pu convaincre mes parents. Je voyais surtout pour ma part l’écloserie située sur une des plus belles plages de la province de Nampula.

Il faut savoir que les crevettes sauvages se reproduisent en haute mer dans une eau qui doit être d’une grande limpidité. Leurs œufs produisent des larves qui grandissent en se nourrissant d’algues. Ces dernières passent par divers stades avant de remonter les fleuves, pour aller se cacher dans la mangrove puis grossir jusqu’à devenir adulte. En âge de se reproduire, elles prennent le chemin inverse pour retrouver la haute mer. Le cycle est bouclé.

Pour l’élevage, il faut impérativement deux sites. Une écloserie avec un accès à une eau de mer de qualité. Et des bassins de grossissement localisés dans des zones de mangrove. La reproduction des larves se fait dans l’écloserie. Ces dernières sont ensuite semées comme des graines dans les bassins et engraissées avant la récolte finale.

Je rêvais pour ma part des voyages en avionnette pour transporter le plus rapidement possible les glacières de larves vers les bassins de grossissement, situés en marge du fleuve face à Quelimane dans la province de Zambézie. Sillonné l’Afrique en Cessna, ce n’aurait pas été un beau métier ?

Choisir, c’est renoncer. Certes, mais c’était dur. Très dur. J’étais parti il y a un an en faisant la fête avec mes amis français au son de la chanson des Specials « This is the dawning of a new era ! ». Je me retrouvai un an plus tard, riche d’aventures oui, mais au fond du trou. Avais-je tourné le dos à mon destin ? 

J’avais fait promettre à Zé Pescador de garder le contact, de continuer à me nourrir de ses aventures maritimes et aussi toutes celles des amis du Maritimo. Il avait bien entendu dit oui. Mais je n’y croyais pas. Une aventure, c’est fait pour être vécue avant d’être racontée. Et je savais pertinemment que Zé avait tant de projets à réaliser. Oui, le temps de l’aventure s’éloignait inexorablement, aussi vite que l’avion qui m’emmenait de l’Afrique vers l’Europe, de l’insouciance vers les responsabilités, de la jeunesse vers l’âge de raison.

Saudade.   

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