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18 avril 2019

Mon troisième nouvel an en Calédonie, le temps passe si vite. Encore un et ce sera presque la fin de mon passage sur le caillou. Mais il est bien trop tôt pour laisser place à la nostalgie, il faut profiter au maximum de chaque instant: voilà une excellente résolution pour la nouvelle année 2019 ! Pas toujours facile à tenir, car mon directeur est en congés de fin d’année, et comme toujours l’adjoint reste cloué sur place afin d’assurer l’intérim. C’est la règle du jeu, même si elle est parfois très contraignante.

Heureusement, je peux compter sur l’aide de Thierry et Stéphanie, toujours ultradynamique et jamais à court de bonnes idées. Ils ont justement loué une méga-villa et réussi à mobiliser une petite troupe de plongeurs confirmés et motivés pour des sorties en mer et fêter la nouvelle année. Que d’énergie et de savoir-faire! La camionnette chargée de soixante blocs, le pick-up attelé à notre increvable semi-rigide jaune canari, le signal du départ vers Port Ouenghi est lancé. En route pour un nouveau safari.

L’organisation militaire a parfois du mauvais, quand on arrive avec 5 minutes de retard, voir même à l’heure et que le bateau n’est plus à quai. Mais aussi, et il faut le reconnaître, de très bons côtés. Si j’étais un peu dubitatif au départ, il est certain que c’est grâce au CSANC et à sa section plongée que j’ai pu remplir mon carnet avec des immersions allant de Beautemps-Beaupré à la passe de la Sarcelle en passant par les Pléiades ou les falaises de Jonkin à Lifou sur la côte Est, et de la passe de Ploum à celles encadrant le récif Lé dans la corne Sud sur la côte Ouest.

Si je doute d’arriver à mon objectif (explorer toutes les passes des 2000 kilomètres de récifs avant mon départ, rien que cela), je n’aurais jamais imaginé avoir déjà coché autant de cases. Le mérite en revient à tous ces militaires prêts à aider et à son retraité de chef commando, il est vrai bien secondé. Au final, voilà une association qui déborde d’énergie et d’initiative pour le plus grand plaisir de générations de marins, maître popote, femmes de pilote, infirmiers, pachas, épouse de command de base, bataillons de légionnaires, leurs enfants et même ceux des militaires néo-zélandais en échange linguistique. Ils ont bien de la chance les militaires. Et moi aussi, puisqu’ils acceptent les extérieurs, même ceux qui n’ont pas fait leur service. Merci le CSANC!   

Notre villa à Port Ouenghi est idéalement placée, sur une colline surplombant une plage encore très sauvage avec une vue magnifique sur la baie de Saint Vincent. La passe marquant la sortie de la baie est pile en face. C’est aussi le lieu idéal pour apprécier le couché du soleil. Avec environ 4000 m2 de terrain, les campeurs trouveront tous aisément un coin d’ombre pour planter leur tente. Et les autres pourront se mettre à leur aise dans les divers bungalows entourant une petite piscine fort agréable pour se dessaler au retour de la plongée, ou pour passer les heures chaudes de l’été. Une grande cuisine américaine et une large table de bois massif permettront d’accueillir avec confort toute notre équipe pour les festivités qui s’annoncent.  

Un seul bémol qu’on ne pourrait reprocher à notre binôme de choc : le vent. Dès 10h00 du matin, le ventilateur monte en puissance pour atteindre les 30 nœuds avec des rafales à 40 nœuds! Thierry a beau anticiper l’heure du départ, cela promet d’être sportif au retour. Enfin, nous sommes pour l’instant bien protégés par le récif de la corne de Ténia. Et, chance, un gros nuage de pluie semble tenir à distance l’alizé pour le moment. Une tortue grosse tête pointe sa tête hors de l’eau pour nous observer, c’est bon signe. Même pas dix heures et c’est la seconde plongée de la journée. Thierry lâche les petits niveaux avec Stéphanie sur le récif. Il ne reste plus que Marc et Thierry Mares plus Laurent et moi pour refaire ce que nous appelons la corne par commodité.

Cela n’a rien d’une corne. Il s’agit d’une longue arête de deux cents mètres environ, parallèle au récif barrière, à environ cent mètres au large, et qui culmine à -12 mètres. Quand je suis arrivé il y a deux ans, l’usage était de partir du récif barrière et de nager vers le large pour rejoindre l’arête. Un peu angoissant, car la visibilité ne permet pas de discerner l’arrivée. Il fallait prendre un cap au compas et s’y tenir. Après plusieurs minutes de nage palmée parfois dans le courant, l’ombre de l’arête finissait par apparaître. Expiration, on pouvait enfin se rassurer et avec soulagement corriger son cap. L’inconvénient est qu’une fois arrivé, la bouteille était déjà bien entamée, tout comme le capital temps de plongée hors palier. Et cela, juste au moment où le paysage s’anime: tombants qui se perdent dans les profondeurs, gorgones géantes accrochées à la paroi, banc de carangues gros yeux, banc de requins gris et très souvent quelques albimargintus plein de curiosité pour les plongeurs (relire 2017 octobre albimarginatus).

Avec le temps et en profitant des journées de pétole, nous avons réussi à marquer les point remarquables: le mamelon à – 34 mètres à l’ouest et le sommet de l’arête à – 12 mètres. La descente dans le bleu sur le mamelon est un régal. Mais en seconde plongée, c’est un peu osé. Aussi Marc et Thierry Mares choisissent le sommet de l’arête. Thierry les dépose en premier.

Pour ma part, je ne résiste pas à une nouvelle descente dans le bleu et j’entraîne Laurent avec moi. Comme toujours, nos esprits hésitent entre appréhension à l’idée de plonger sans voir le fond et exaltation dans l’espérance de faire une rencontre extraordinaire. A certains endroits du récif, tout est possible. La corne de Ténia est de ceux-là.  Et hier, comme à la plongée de ce matin, nous avons déjà vu un marteau isolé. On dirait que c’est la saison. En plus le vent semble avoir refroidi l’eau de plusieurs degré : à peine 23° contre 26° la semaine précédente. Je suis convaincu qu’ils remontent avec ces eaux plus fraîches.

Un, deux, trois, sans même prendre le temps de nous retrouver en surface, nous fonçons la tête en bas à grand coup de palme. On ne sait jamais, avec le courant, il ne faut pas traîner si on ne veut pas rater le mamelon. D’un coup d’œil rapide, je vérifie entre mes jambes que Laurent suit et m’enfonce sans ralentir jusqu’à voir le fond. Voilà le gouffre sombre qui délimite le platier sur lequel repose le mamelon, il est temps de se redresser pour s’orienter et faire un scan de l’horizon à la recherche de ... 

Le nuage de carangue gros yeux est toujours là. En sustentation à dix mètres au dessus du sol, il est aussi volumineux qu’une montgolfière. Une raie mobula nage à grande vitesse le long du tombant. Petite déception, pas d’albi, ni de gris … C’est étrange. A ces profondeurs, le décompte des ordinateurs est rapide, surtout à la seconde plongée. A regret, le moment vient d’entamer la progression à contre courant vers l’arête. Il faut se faire une raison. Nous avons joué et il semble bien que nous ayons perdu pour cette fois.

Nous voilà enfin à l’abri du courant sur le tombant de l’arête. C’est très poissonneux et vertical. Je continue à scanner  l’eau sombre dessous, à droite, à gauche. Rien, c’est désespérant. Un regard vers le haut et … Tout en même temps, c’est le shoot d’adrénaline et l’escadre de requins marteaux. Leur silhouette en contre jour se détache parfaitement. J’en compte rapidement une dizaine. Quel spectacle époustouflant. Ils sont malheureusement rapides. Je me colle à la paroi pour me faire discret et remonte rapidement car ils sont en train de passer l’arête. Le temps d’arriver à la crête et déjà ils disparaissent dans l’océan. Mon cœur se calme, reste un mélange de jubilation et de frustration. Il faut se raisonner pour se laisser submerger par  l’euphorie. Ils ne sont pas nombreux les plongeurs qui ont eu cette chance en Calédonie. C’est même la seconde fois que je vois un banc de marteaux en Calédonie (relire 2017 Mars complètement marteau).   

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Le maitre principal Laurent dégaine sa Gopro. Le grand angle ajoute à la distance mais permet d’arroser large…

Nous poursuivons la plongée en direction du sommet de l’arête. J’espère que Marc et Thierry ont eu la chance de les apercevoir également. Nous ne tardons pas à voir leurs bulles et je suis vite rassuré: les voilà cognant à tout va leur points fermés de chaque côté de la tête. Nous faisons de même. Personne ne prend de photo cette fois. Dommage, car nous devions être comiques dans notre danse du marteau! Mais, Laurent et Thierry ont chacun tiré quelques images de l’escadre, après tout c’est l’essentiel. Pour que l’on nous croit, pour le partage et pour pouvoir faire durer ces secondes magiques. Moi, je suis sans arme … alors remerciez les pour leurs photos.

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Pendant que le premier maitre  Thierry mitraille de son côté

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… une dernière rafale dans le dos

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